Cette histoire commence juste avant la Grande Guerre.

Le célèbre dessinateur montmartrois Francisque Poulbot, crée en 1913, des poupées en porcelaine françaises, pour lutter contre l'augmentation de l'importation de poupées allemandes, moins chères. Il leur donne pour prénoms "Nénette et Rintintin". D'après l'anecdote il s'agirait des surnoms que se donnaient  Monsieur et Madame Poulbot. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, Nénette est le garçon et Rintintin la fille (du moins à l'origine).

La Grande Guerre éclate, et en 1918, dernière année du conflit, les dangers que court la population de la capitale s'accroît : les bombardiers allemands lâchent leurs bombes sur Paris. Fin janvier, 45 parisiens sont tués sous les bombes. Le 29 mai, un canon allemand installé dans la forêt de Saint-Gobain tire sur la Ville Lumière, causant la mort de 88 personnes et faisant autant de blessés. Paris est prise en tenaille entre les bombardements stratégiques et les tirs de l'artillerie à longue distance.

On se met alors à fredonner l'histoire d'un couple d'amoureux qui échappa aux bombes. Les petits parisiens se mettent à l'ouvrage et confectionnent des petites poupées avec des brins de laines. Ces poupées sont réunies entre elles par un cordon qui lui confère une allure de chapelet. Ces poupées, hommage à ce couple, protège des bombes paraît-il. Elle sont baptisées Nénette et Rintintin. Elle sont parfois accompagnées du fruit de leur union : Petit Lardon.

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Poulbot s’offusque et proteste un peu, mais laisse faire. Puis il entre dans le jeu en les décrivant : " Nous sommes les gris-gris à la mode, nous triomphons du mauvais sort. Gardez-nous à votre cou, à la chaîne de votre montre, à votre bracelet, au fond de votre poche... Avec nous trois Nénette, Rintintin et Petit Lardon ou Radadou, le bébé, jamais malade, jamais mourir!"

Cette pratique se diffuse, elles deviennent des porte-bonheur. Les jeunes femmes en offrent à leur bon ami, parti au front, ou aux soldats en permission. Les enfants en confectionnent pour leurs papas, afin de les protéger des obus allemands.

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Le modèle réalisé par mes petites mimines, en prévision d'une animation sur le thème "Les enfants durant la guerre 14-18"

au musée des Métiers de Saint Laurent de la Plaine (49).

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Les deux cartes postales proviennent de Delcampe

 On les retrouve dans les revues illustrées de l'époque telles que Fantasio ou La Baïonnette et font également l’objet de séries de cartes postales. Les dessinateurs leur prêtent quelquefois les traits de personnages Alsaciens, Lorrains ou encore de couples italiano ou américano-français pour que ces porte-bonheur profitent aussi aux Alliés. Les Écossais arborent ces poupées sur leurs kilts. 

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Image provenant du site labaïonette.free.fr

Nénette et Rintintin ont survécu à la Der des Der et ont continué d'être fabriqués comme porte-bonheur jusque dans les années 50. 

Toujours dans les années 1950, un autre Rintintin fait le bonheur des enfants. Voici son histoire : 

En septembre 1918, près de Toul en Lorraine, le caporal américain Duncan adopte deux chiots trouvés dans un chenil dévasté par les obus. Il les baptise Nénette et Rintintin en souvenir des petits français lui ayant fait cadeau des fameuses poupées porte-bonheur. Démobilisé, il ramène les deux chiots aux États-Unis. Le mâle, Rintintin sera remarqué pour ces performances et entamera une carrière à Hollywood en 1922. Puis viendra la célèbre série télévisée des années 1950, avec Rintintin, le 4e du nom, descendant direct du chien lorrain. (source : http://latrentequatrefnso.unblog.fr)

 

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