J'ai bien dit Occident, rien à voir avec l'Occitane, quoique.

La dernière fois nous avons vu les différentes manières de s'épiler, et constater qu'elles n'avaient pas beaucoup changer jusqu'à maintenant. Nous allons  voir de quoi il en retourne pour les produits de beauté.

Il existe quelques traités de médecine qui ont trait aux cosmétiques. Par exemple Maître Aldebrandin de Sienne publie Le régime du corps, alliant médecine, diététique et hygiène, Henri de Mondeville (XIIIe s.) et Guy de Chauliac (XIVe s.) abordent quant à eux les thèmes de l'hygiène et des cosmétiques dans leurs ouvrages. Cependant si le rapport au corps et à l'hygiène est du à l'influence de la culture romaine, la plupart des soins compilés dans ces ouvrages proviennent d'Orient. Ils sont souvent issus des écrits de savants perses comme Rhazès (Xe s.) et Avicenne ( XIe s.), traduits en latin au cours du XIIe siècle. Parmi ces hommes instruits, des femmes savantes jouent des coudes pour se faire une petite place : c'est le cas de Sainte Hildegarde von Bingen ou de Trotula di Ruggiero (XIe s.). Cette dernière rédige un des plus anciens recueils de soins de beauté : De Ornatus Mulierum (De l'ornement des Dames).

Le maître mot de la beauté féminine est Pureté. Le maquillage est interdit par l'Eglise car il dissimule et transforme l'oeuvre divine. Les icônes religieuses (la Vierge, les Saintes et les Martyres) constituent donc l'idéal féminin. Peintres et poètes, à travers leurs oeuvres, vont nous donner une image précise des canons de beauté médiévaux. Jean de la Halle dans le jeu de la feuillée (1276) décrit la femme idéale : des cheveux blonds dorés, ondulés et fournis, une peau blanche, le front large et dégagé, l'arête du nez belle et droite, les sourcils en arcs fin et bien dessinés, de grands yeux noirs sous de fines paupières, la bouche fine et charnue en son centre et vermeille comme la rose, les membres sont fins, les seins sont petits et durs, mais le ventre est rond (symbole de fertilité). Les portraits ainsi que le gisant d'Agnès Sorel (visible à Loches), la favorite du roi Charles VII, illustre à merveille ce portrait de la femme idéale. 

Gentes dames, votre mission si vous l'acceptez : correspondre à cet idéal féminin sans utiliser les artifices prohibés par l'Eglise. Vous avez trois heures. Mission impossible me direz vous, ou alors la nature vous a gâté. Alors on "triche" pour correspondre à ces critère exigeants, dictés bien évidemment par les Hommes. Nombre de ses dames usent d'artifices : on se décolore les cheveux (cf Épisode 2), on se blanchi la peau (avec de la céruse de plomb, Vive le saturnisme!) et les dents, on s'épile le visage (la moustache c'est pas top), la nuque, le front et les tempes, etc.

 

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De gauche à droite et de haut en bas :  Pétales d'orcanette à réduire en poudre pour rougir les lèvre,

eau de rose pour la peau, baume à l'huile d'olive et cire d'abeille pour nourir la peau et fleur de coton

pour appliquer les poudres (plutôt pour les femmes riches ayant le moyen de faire venir une fleur d'Orient)

 

Trotula, la Cristina Cordula médiévale, apporte les réponses à ces problèmes : des remèdes pour faire disparaître les boutons (à base de bave d'escargot), dartres et tâches de rousseur, rougir les lèvres (poudre de pétales de coquelicots ou d'orcanette), des onguents et des teintures pour embellir et colorer les cheveux ( cf Épisode 2), des crèmes dépilatoires (cf Épisode 4). Bref "des crèmes et des bains qui font la peau douce" (pardon, ce n'est pas elle qui dit ça c'est lui). On y trouve même une formule à base d'argile à laquelle on ajoute des substances végétales très astringentes, afin de retrouver ... sa virginité.

Passons maintenant en mode Tuto. Pour réaliser ces formules il vous faut : 

- du végétal (plantes transformées ou non) : plantes médicinales, épices, résines, farines alimentaires, huiles, vinaigres, etc. (Non ce n'est pas ma liste de course)

- du minéral : argile blanche, sel, poudre d'alun, tartre, chaux vive, céruse de plomb, etc.

- et de l'animal : oeufs, miel, cire d'abeille, graisses animales en tout genre, et même quelquefois lézards, têtes d'oiseau ou encore oeufs de fourmis...

Bref que du naturel et donc (presque) pas dangereux.

En plus de tous ces soins, on trouve également des compositions parfumées à base de rose, de girofle, de muscade, de musc, etc.

 

Pour nettoyer son visage en profondeur, on utilise les fumigations à base de plantes : sauge, menthe, absinthe, etc que l'on fait infuser dans de l'eau bouillante ou dans du vin. Pour un nettoyage plus simple et plus rapide on utilisera de l'eau chaude ou de l'eau de rose.

C'est également la mode des masques, mais on n'a pas encore ramené le concombre jusqu'à chez nous donc pas de rondelles sur les yeux. Ils servent à éclaircir le teint, guérir les dartres ou les boutons ou encore atténuer les rides ("Médiéval, parce que je le vaux bien !"). Par exemple pour faire disparaitre les tâches de rousseur, on préparera un masque à base de miel, de farine de sénevé, de poudre de gingembre et d'encens blanc. Les eaux de feurs serviront à nettoyer ces masques et à rafraichir la peau.

Avoir la peau bien blanche, c'est cool. Avoir la peau bien blanche et des dents jaunes ou noires, c'est beaucoup moins top. Alors on va essayer d'en prendre soin de ses dents, pour cela on va veiller à qu'elles soient "escurée, forbies, frottées tous les jours". La meilleure brosse à dent à cette époque, et que l'on oublie jamais, c'est son doigt. C'est lui qui va nous permettre de frotter nos quenottes avec des pâtes dentifrice à base de corail (pour les plus riches), ou encore d'os de seiche réduit en poudre et d'herbes. En guise de bain de bouche on utilisait du vin (avec modération) ou des préparations parfumées à la menthe, à la rose ou bien à la canelle.

 

Sommaire :

 Épisode 1 - Latrines et Rudiments

Épisode 2 - Les Cheveux

Épisode 3 - Tous au Bain !

Épisode 4 - Les soins du corps : une histoire au poil!